Le Quai Suisse

Tout le long du chenal, sur la rive de Lanriec, les chaloupes sont amarrées tant bien que mal parmi les roches. Il n’existe aucun quai pour les pêcheurs du passage, hormis un embryon de mur en pierres sèches construit par l’usinier Marquet à ses frais, dans l’anse du Roudouic.
Il existe également une cale municipale que l’on vient de construire avec de l’argent avancé par le conseiller général Véron et deux débarcadères donnant accès aux usines. Mais, les bateaux sont tellement nombreux que tout cela ne suffit pas.

De l’autre coté du chenal, à la Ville-Close donc, la confusion est pire encore. Une usine a réussi, malgré l’étroitesse des lieux par rapport au nombre de familles de pêcheurs qui y vivent, à s’implanter. Cette « friterie » amène beaucoup de bateaux qui ont bien du mal à accoster. A marée basse il reste peu d’eau à « la Porte au Vin » et, à la cale du passeur, l’endroit est réservé.
En 1882, les pêcheurs demandent donc l’aménagement du rivage derrière la Ville-Close. En 1900, après une nouvelle demande adressée au maire, toujours rien. En 1904, les pêcheurs tentent une dernière démarche auprès du Préfet qui transmet au ministre avec un avis défavorable. Mais le ministre accepxe la construction d’un quai pour un coût de 18 800 F dont la moitié à la charge de la ville.

En 1907, les travaux commencent mais il est un citoyen, Jean-Guénolé Droalin, charpentier, qui maugrée fortement contre ce quai qui détruira les rochers sur lesquels il avait l’habitude de se promener le matin avant de s’occuper de l’église Saint-Guénolé. car Droalin, c’est le « suisse » de Saint-Guénolé. Rien n’est plus facile que de mettre cet homme à « grommer » et les enfants le savent, c’est leur grand plaisir. Droalin fut si dégoûté de la transformation de ses rochers qu’il se mis à cracher comme ceux après qui il pestait et les traitant de cochons.

En ville, où le moindre changement dans la vie de tous les jours devient un évènement, le désarroi du suisse a vite été connu.
« C’est pas ce fichu quai qui m’empêchera d’aller… déposer mon rôle si j’ai envie ! » s’est écrié le suisse-charpentier. Et il a repris ses promenades au petit matin. Du coup, le nouveau quai a reçu son sobriquet et s’appelle maintenant ‘le Quai Suisse ».

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