Le quai russe

En 1904 il fait froid et la bruine tombe. Les gardiens du sémaphore de Penfret ont prévenu le bureau de la marine qu’une épave dangereuse dérivait dans le sud des îles Glénans. Un joli trois mâts barque paraît-il. Il a dû être pris dans une sacrée tempête car seul le mât d’artimon était resté en place. Ce bateau, d’après Charles Le Rose qui est allé le voir, s’appellerai l’Emilija et son port d’attache serait Riga en Lettonie.

Chapelle de la Croix.

Chapelle de la Croix.

Le bateau a été ramené à Concarneau par un remorqueur de Lorient et échoué devant la cale d’intendance.
Après avoir vidé l’eau de la cale, on découvrît beaucoup de marchandises et en particulier des barils de ciment durcis par l’immersion. Tout fût débarquer en vrac sur la dune devant la chapelle de La Croix et tout fût rapidement pillé. Il ne restait plus que le ciment durci et des rails de chemin de fer.
Bien réparé, le bateau russe Emilija sortira de Concarneau quelque temps plus tard tiré par un remorqueur russe et disparaîtra dans le lointain en laissant sa cargaison (au moins ce qu’il en restait) sur la dune de la Croix.

Le Quai russe

Le Quai russe

Il fallait bien un jour se débarrasser de tout cela. Les rails serviront donc, plus tard, au petit train de Pont-Aven. Le ciment, qui encombrait les abords du séchoir a trouvé une destination inattendue. Le maire décida, en effet, de les employer à la construction d’un mur de défense, place de la Croix, pour empêcher les érosions de la mer qui menace d’envahir cette partie non défendue.

C’est le 27 février que le conseil donnera son plein accord. Bien superposés et bien raccordés, les 2000 barils russes empêcheront désormais les enfants de glisser sur la dune dans de vieilles poêles et les tempêtes de mordre sur la place.

C’est ainsi que naîtra le quai appelé à bon escient « le Quai Russe », certainement le seul du genre en France.